Louise Charbonnel | « How to be confused about happiness »

®Elisa Grosman



Ce que la peau retient
Ce regard baissé ne la quitte plus. Dans Skin, l’être aimé s’est échappé et continue pourtant de vivre en elle, sous son écorce. Elle le cherche sur chaque trottoir, en espérant secrètement le croiser pour apaiser sa peine. Il suffit d’entendre son prénom, d’apercevoir son visage, pour que « l’air passe du rouge à l’or » : la douleur se change en éblouissement. Tout se brouille, et les souvenirs de leur amour, ces palais en ruine, se relèvent un à un. Ils la font parler malgré elle, et chacun de ses mots revient à l’odeur de son cou, un parfum qui murmure « home ».

Autrefois, elle prêtait un rôle à chaque geste, à chaque regard, organisait sa vérité, s’accrochait à son déni. Désormais, elle cherche des mots neufs, et sait qu’elle jouerait encore aux dés, même en connaissant le prix. Ce cou, l’a-t-elle tenu une minute ou une année ? La durée de la séparation se brouille, et la mémoire mêle les heures comme le rêve mêle les visages.

Le temps finit par se faire sentir. Landscape regarde vers la vieillesse : les étés passés enfermée laisseront sur ses mains des taches et des veines, ombres et rivières de la peau, et les larmes terniront ses yeux comme la rouille ronge deux billes de fer. À deux ans, ses cris disaient tout, puis le silence s’est installé. Dans son champ, jamais une bataille n’a poussé ; jusqu’ici, elle a évité tout combat. Le froid approche ; le courage lui servira de manteau, et les mots retenus sous sa langue appelleront enfin les noms de ceux qui pleurent. « Enfin, mon champ portera une bataille » : elle est prête à se battre.

Neige et bourdon
L’hiver arrive en avance. Come ensevelit la pelouse sous la neige, et l’amour y pique comme les roses de Damas. Un être cher pleure depuis trop longtemps dans une chambre, seul au milieu des siens, et elle veille sur lui. Dehors, un œil d’or aux cils d’argent, soleil d’hiver ou lune givrée, se penche sur cet être cher, et ce regard venu du ciel semble encore lui plaire : c’est le dernier fil qui le relie au monde.

Une nymphe lui a apporté un mauvais présage, et il s’efface peu à peu. « Reviens, reviens pour moi », le supplie-t-elle, en lui promettant au matin un ciel fraîchement peint en rouge. Le rouge qui inquiétait Little Blue devient une aube à partager.

La nuit venue, quelque chose bourdonne. Bee s’ouvre sur cette inquiétude : cela vient-il la séparer de ceux qu’elle aime ? Elle revendique alors le droit de refuser, de prendre son temps, de planter son amour dans l’herbe et d’aimer dans une petite ville. Ce bourdon prend la forme de tout ce qui réclame ses heures. Elle choisit le doute, enterre ses questions et ses peurs, les arrose jusqu’à les noyer. « Laisse-moi garder mon temps et mon âme », demande-t-elle, prête à céder son corps. La chose frôle sa peau, et la piqûre arrive, fine comme une aiguille dans la veine.

Du dortoir quitté à l’aube jusqu’à cette piqûre nocturne, Louise Charbonnel trace le chemin d’une femme qui loge son bonheur dans de petites choses : un nom hérité, une fleur offerte, l’odeur d’un cou, une heure gardée pour soi. On referme l’écoute avec une épine dans la paume et la mer encore dans l’oreille. Dehors, la nuit continue de bourdonner, et l’on garde pour soi, comme elle, un peu de temps et d’âme.

Écrit et composé par Louise Charbonnel · Direction musicale : Laurent Collat · Textures : Solal Galli · Batterie : Élie Martin Charrière · Violoncelle : Juliette Sieffert · Photo : Elisa Grosman

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le 27/10/2026

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