
BLISS – Écrit et composé par Vavy Heidi Zebede – Mixage : Gwendoline Dumontet – Mastering : Alexandre Tartière – Sowt Studios – Interprétation & arrangements : Voix : Vavy Heidi Zebede, Claviers et pianos : Vavy Heidi Zebede, Guitares : Maxime Couhailler & Vavy Heidi Zebede, Basse : Vavy Heidi Zebede, Batterie et percussions : Thomas Derouineau & Vavy Heidi Zebede – Arrangements de cordes : Anthony Antoro – Enregistrement des cordes : Dave Munive Violon : Claire Desmoulins, Alto : Manon Bernard, Violoncelle : Alicia Samé, Contrebasse : Raphaël Pelletier – Enregistrement : Fred Matheu, Studio La Boîte à Meuh — Le Silo, Le Mans – Visuel : Camille Simon
Heidi – Quand la cécité devient audace
Avec son nouvel EP « Bliss« , Heidi ouvre les pages d’un carnet de bord intime où la chanson se fait traversée sensorielle et refuge. Entre la marche lente sur le flanc des montagnes invisibles et le huis clos d’un jeu de hasard face au destin, chaque morceau se déploie comme un interstice poétique où le corps plie, s’ajuste et résiste. Une cartographie sensible de l’exil intérieur, écrite à l’encre des doutes et à la lueur des feux sauvages.
Il y a dans les premiers souffles de cet album une sensation de départ imminent qui ressemble pourtant à un retour, une marche lente sur le flanc d’une montagne invisible où les chansons se boivent d’un trait, comme pour anesthésier le voyage. L’univers de Bliss ne s’offre pas dans la certitude ; il se déploie dans l’interstice, là où le corps plie comme un roseau sous le vent. C’est un carnet de bord intime, écrit à l’encre des doutes et à la lueur des feux sauvages.
Avancer d’un pas, attacher ce qui peut l’être, et se demander à chaque virage si notre silhouette s’ajuste encore au décor. Bliss dessine une cartographie de l’exil intérieur où aller chercher l’autre demande d’ouvrir chaque boîte de Pandore, quitte à ce que le voyage nous mène trop loin.
Puis, le rythme se fissure et le sol se dérobe. On entre dans le huis clos d’un jeu dont on ignore les règles, une déviation de l’être où la cécité devient une audace. Délaissant la nature pour l’arène du destin, The Game or the Dice s’ouvre sur une amère lucidité. Heidi y chante l’aveuglement volontaire, ce « beau mensonge » que l’on s’inflige pour le simple plaisir d’exister.
Au fracas de ce jeu de hasard succède le vol suspendu de l’éphémère. Avec Paper Plane, la plume s’élève dans le sillage d’un origami fragile qui s’obstine à défier la pesanteur avant de s’écraser inévitablement au sol.
C’est la poésie des trajectoires brisées, le portrait mélancolique d’un « petit homme » qui tangue et oscille entre la fuite et l’ancrage.
On avance ici au milieu des décombres de promesses bien-aimées, de mots qui s’effritent dans la poussière des illusions perdues. Pourtant, au plus fort du naufrage, une présence salvatrice veille dans l’ombre, une figure d’ange qui retient la chute et redessine l’horizon. Le morceau s’achève alors non pas sur un renoncement, mais comme un sursaut de dignité pure, un refus absolu de capituler : « Je ne tomberai pas au sol ».
L’album s’enfonce enfin dans le dépouillement absolu de la nuit avec What Could Have Died. Le texte se déleste de ses métaphores pour ne garder que le battement brut de l’instant. Heidi s’y fait souffle protecteur, cherchant à soulever le poids invisible qui oppresse l’autre, formulant le vœu suspendu d’un ailleurs plus clément.
« Un pas en avant. Attacher ce qui peut l’être. Se demander, à chaque virage, si notre silhouette s’ajuste encore au décor »
Face au vertige de l’existence, le morceau se transforme en une étreinte nocturne où l’on apprivoise ensemble la peur de vivre. Tout s’arrête alors sur deux questions obsédantes, murmurées à l’orée du silence : qu’est-ce qui aurait pu être ? Qu’est-ce qui aurait pu mourir ? L’écriture laisse ces perspectives ouvertes, flottant dans le vide comme l’écho magnifique de nos propres regrets et de nos possibles.
En refermant ce carnet d’écoute, on comprend que Bliss n’est pas la félicité factice des ciels sans nuages, mais celle, infiniment plus précieuse, d’une lente reconquête de soi à travers les tempêtes. En faisant vibrer sa poésie entre deux langues qui se répondent comme des miroirs, Heidi signe un disque d’une maturité rare, un refuge intime qui continue de palpiter en nous bien après le retour du silence.
le 01/07/2026





