AUREN – « L’Anatomie des crêtes » : Interview autour du single « Record »
Une effraction dans la matière même du vivant. Une course suspendue entre la rechute et la rédemption. Dans ce grand entretien au cordeau, la chanteuse transforme le corps malmené en un royaume fortifié et le trail en un contre-pouvoir absolu. Quand l’intime universel trouve enfin son écho.
Prélude : La Ligne de Crête (Habiter le temps)
Il est des chants qui ne naissent pas de la contemplation des paysages, mais d’une effraction dans la matière même du vivant. Avec « Record », pièce maîtresse de son nouvel album Réciproque, Auren n’écrit pas une simple chanson de marche ou de cimes ; elle sculpte une litanie de survivante au cœur d’une carrosserie humaine devenue champ d’expérimentation. C’est une œuvre de transfiction intime, où la réalité médicale la plus crue s’hybride avec le mythe de l’effort absolu, transformant le dénivelé en une traversée des enfers organiques. Mais pour atteindre cette maturité souveraine et cette liberté d’indépendante, il a fallu un long cheminement : un passage nécessaire de l’autre côté du miroir de l’industrie musicale, et la patience d’attendre que la tempête intérieure s’apaise pour laisser mûrir le costume de ses chansons.

Le Son & La Plume : Tu as d’abord étudié en prépa HEC puis travaillé en maison de disques avant de comprendre que ta place était sur scène plutôt qu’en coulisses. Comment ce passage de l’autre côté du miroir a-t-il forgé ton identité d’artiste ? Le chant a-t-il d’abord été une ligne de fuite avant de devenir une vocation ?
Auren : Je ne sais pas si ce changement de carrière a forgé mon identité d’artiste, ce qu’il y a de sûr, c’est que mes études et mon expérience en maison de disques m’ont donné une force de travail, une persévérance indispensable à ce métier, surtout lorsque l’on est une artiste indépendante et entrepreneuse. Je pense que mon identité s’est forgée tout au long de ma vie, de mes expériences et de mes goûts. Je crois qu’avec le temps, on sait plus précisément ce que l’on veut. On est plus en phase avec ce que l’on aime et moins avec la volonté de vouloir plaire. Et oui, au départ, le chant m’a permis de supporter mes études. C’était un moyen de m’exprimer, de dire, de ressentir, c’était un rêve de devenir chanteuse, je suis heureuse d’y être parvenue !
LSP : Des premières parties de Francis Cabrel, Benjamin Biolay ou Alex Beaupain à l’enregistrement de ton album Numéro à Tucson avec le groupe Calexico, ta route est jalonnée de parrainages prestigieux. Quel regard portes-tu sur ce chemin qui t’amène aujourd’hui à ce quatrième opus ?
Auren : Les rencontres font la beauté de mon parcours, j’en rajouterai deux essentielles, celles avec Olivia Ruiz et Jeanne Cherhal qui sont devenues des amies et celle avec Vanessa Paradis qui m’a offert trois de ses premières parties… Ces collaborations m’ont donné confiance et m’ont permis de continuer. Elles arrivaient toujours lorsque j’étais dans le creux de la vague, quand je me posais des questions sur continuer ou pas, ou quand je trouvais ce métier trop difficile, comme si un petit ange gardien venait me dire, allez continue. Je mesure donc la chance d’être encore là, de vivre de ma musique après tant d’années sans avoir réussi à percer le plafond de verre de cette industrie. Mais je me sens tellement libre artistiquement, je crois que ça n’a pas de prix !
Crédits photos : June Tamò Collin
LSP : Tu confies que ce nouveau projet, « Réciproque », aura demandé beaucoup de temps. En quoi ce rythme plus lent était-il nécessaire pour laisser mûrir les chansons et surmonter la sidération ?
Auren : Comme je le disais précédemment, même si ce n’est pas tous les jours évident, être une artiste indépendante me permet de ne pas subir la pression d’une maison de disques ou d’un label. Le temps est pour moi un allié, il me permet de savoir exactement ce que je souhaite raconter, de peaufiner et d’être au plus près de ce que je souhaite. J’écris parfois de manière instinctive et directe, mais je me considère comme laborieuse, j’ai besoin de temps pour composer et retoucher mes textes, pour savoir quelle direction artistique je souhaite, quel costume mettre aux chansons. Le réalisateur avec qui je travaille depuis des années maintenant (Nicolas Dufournet) fonctionne de la même manière. Donc c’est parfait, et puis il ne faut pas négliger aussi le temps des recherches de financement, de la mise en place des partenaires, de l’équipe et de la stratégie. Ensuite pour Réciproque, j’ai dû affronter de sacrées montagnes ces dernières années, et je ne pouvais pas écrire pendant la tempête. Il a donc fallu que je digère avant de poser des mots et des mélodies sur mes épreuves.
« J’ai choisi de garder les vrais mots sans poésie au départ car j’avais besoin de me libérer, de crier haut et fort ce que j’avais subi et entendu, comme pour les mettre en dehors»
Mouvement I : Le laboratoire des chimères
Dès l’ouverture, le texte refuse le voile de la métaphore bienvenue pour imposer la violence clinique du réel. « Traitements hormonaux, piqûres en solo / Pogačar et Pokémon, j’ai l’allure d’une championne ». Ici, le corps n’est plus le temple sacré de la poésie traditionnelle, il est un laboratoire à ciel ouvert. Auren fait entrer dans la chanson rock une poésie du trivial et du contemporain rétrofuturiste : les idoles du bitume et les créatures virtuelles de l’enfance viennent border la solitude absolue de la seringue. L’allégorie de la championne se révèle alors : courir quatre heures trente, croiser les figures mythiques du trail comme Matt Blanchard, ce n’est pas chercher la gloire, c’est chercher un contre-pouvoir à la dépossession de soi. Le sport extrême devient le seul rituel capable d’égaler la violence des protocoles médicaux.
LSP : Dans « Record », tu fais cohabiter la violence des traitements médicaux (traitements hormonaux, embolisation) avec des fragments de pop culture ou du quotidien (Pokémon, Pogačar, papaye Haribo). Comment est né ce choix esthétique de mêler le trivial, le contemporain et le chirurgical ?
Auren : Cette chanson est née d’un post que j’avais fait sur Instagram dans lequel je parlais d’un de mes premiers trails et je le comparais à mon parcours médical. Je n’ai jamais eu autant de commentaires, alors avec Nicolas on s’est dit qu’il fallait en faire une chanson. J’ai mélangé les deux champs lexicaux, celui de la course avec celui de la médecine. J’ai choisi de garder les vrais mots sans poésie au départ car j’avais besoin de me libérer, de crier haut et fort ce que j’avais subi et entendu, comme pour les mettre en dehors ! Et ensuite, apporter un peu d’humour et de vérité car même si je suis loin d’être une championne, il y a des moments où dans une course, j’ai l’impression de voler, d’être puissante, parfois je m’impressionne ! D’où le comparatif avec Pogačar… J’ai utilisé le mot Pokémon car j’adore sa sonorité et car ce jour-là, j’avais le T-shirt jaune de la course !! Et puis le concret du ravito !! Cette course se passait sur la petite île de Rodrigues et il y avait vraiment de la papaye et des bonbons !
Mouvement II : Le sanctuaire sous la peau
Le cœur du morceau palpite dans une tension chirurgicale, là où la chair crie et où la langue s’arme de termes techniques pour ne pas s’effondrer. L’écriture d’Auren se fait anatomique, presque géologique. « Eviter la chute, craindre la rechute / Garder ma matrice, sous les cicatrices » La « matrice » n’est plus seulement un terme médical ; elle devient le grand œuvre secret, une crypte souterraine enfouie sous les sédiments des blessures. Courir, c’est dresser une garde autour de cette zone sacrée et profanée. Les cicatrices ne sont plus des marques de défaite, mais les frontières fortifiées d’un royaume intérieur qu’Auren défend contre l’ablation, préférant l’embolisation — le choix de boucher les voies de la douleur plutôt que d’arracher l’origine du soi. C’est cette mémoire rythmique et douloureuse de la chair qui s’infiltre sous ses doigts lorsqu’elle se rassied face à son piano, l’instrument se muant alors en un confident absolu capable de border la détresse.
LSP : Ta biographie mentionne que le trail en montagne met ton corps au service du mental pour transformer la souffrance en joie. Comment le dénivelé, le souffle court et le rythme de la course nourrissent-ils la structure même et l’urgence de ta musique ?
Auren : Le trail m’a permis de me réapproprier mon corps. Il a été une consolation et aussi une philosophie de vie ; appréhender les hauts et les bas est aujourd’hui moins difficile car quoi qu’il arrive, on sait que la douleur finit un jour par passer. La course m’a donc permis de remettre de la joie, de la confiance, et m’a permis ainsi de créer. Le sport et le corps sont pour moi indissociables de la création.
LSP : Tu écris : « Éviter la chute, craindre la rechute / Garder ma matrice, sous les cicatrices ». Au-delà du trail, la course est-elle devenue une allégorie pour dresser une garde armée autour de ton intimité et de ce « royaume intérieur » que tu as défendu contre l’ablation ?
Auren : J’ai cette pensée que l’utérus est le siège de la féminité et de la créativité, donc j’ai très peur qu’on me l’enlève même si de nombreux médecins m’ont dit que ce serait LA solution pour stopper les douleurs et l’anémie. Mais je n’y arrive pas. J’ai cherché pendant des heures s’il n’y avait pas d’autres solutions et j’ai trouvé l’embolisation des artères utérines. Ça m’a sauvée ! Le seul problème c’est que ce n’est pas radical, car je fabrique cette maladie, donc je vais bientôt recommencer… C’est important d’écouter sa petite voix. J’ai eu des médecins incroyables pendant tout ce parcours, mais j’ai aussi vécu et entendu des choses inentendables !
LSP : La douleur physique de l’endométriose, les protocoles de PMA et les cicatrices ont leur propre rythmique, souvent chaotique et saccadée. Comment cette mémoire douloureuse de la chair s’est-elle infiltrée dans tes doigts lorsque tu t’es rassise face au piano ? As-tu eu le sentiment que ta voix devait trouver une autre texture, une autre vibration, pour chanter ce corps malmené ?
Auren : Quand je me suis mise à composer, à chanter derrière mon piano, j’ai été hyper émue, comme s’il me consolait ou me disait que j’étais à la bonne place, que je n’avais plus besoin de me cacher sur ce qui me faisait honte : cette non-maternité subie due à ma maladie… Il a été mon meilleur ami !
« J’avais aussi envie de crier que l’on peut être nullipare et entière, nullipare et digne, nullipare et créative, nullipare et messagère, nullipare et mère.»
Mouvement III : La litanie des sentences (L’expulsion des verdicts)
Puis, le texte bascule dans une forme de transe incantatoire où les mots se font projectiles. La voix semble recueillir l’écho des diagnostics froids, des sentences sociétales et biologiques qui tentent de définir l’identité par le manque : « T’es stérile, pas fertile, nullipare, de nulle part / Pas capable, trop malade / Compliquée, anémiée, bonne à rien, comprends rien ». Cette accumulation d’adjectifs agit comme une coulée de boue que la coureuse doit traverser. La poésie devient ici une critique littéraire de la violence clinique : en alignant ces verdicts absolus, Auren les expose à l’effort pur. La scansion des infinitifs (« Perfuser, opérer, enlever, se piquer… ») crée une rythmique de la machine médicale que le chant s’approprie pour mieux la briser, lui retirant définitivement son pouvoir d’anéantissement.
LSP : Le texte de « Record » avance par saccades, notamment à travers cette énumération de verdicts extérieurs violents (« T’es stérile, pas fertile, nullipare, de nulle part »). Écrire et scander ces phrases, était-ce une manière de leur retirer leur pouvoir d’anéantissement ?
Auren : C’est exactement ça ! Je ne pouvais pas dire mieux ! Mais j’avoue qu’elles sont encore difficiles à chanter sur scène…
Mouvement IV : L’alchimie du grand pardon (De la blessure à l’universel)
La transmutation s’opère dans le balancement obstiné du refrain, un mouvement de ressac où le verbe se fait nourriture et mouvement. « Avaler, avaler, avancer / Faire le deuil et guérir / Avancer, avancer, avaler / Prendre la vie et se relever ». « Avaler » n’est plus seulement absorber les substances ou la douleur ; c’est intérioriser l’obstacle pour en faire de la force cinétique. La guérison est une ingestion du poison qui se change en remède. L’allégorie de la course se dissout finalement dans une dimension verticale et atemporelle. Les sommets ne sont plus de la roche, ils sont l’état d’un corps qui a retrouvé sa propre souveraineté.
Le dernier vers, « Pardonner mon corps de soigner ma lignée », élève le morceau au rang de rituel chamanique. La réconciliation finale dépasse l’individu : courir, souffrir, et finalement chanter, c’est laver le sang de ceux qui ont précédé et de ceux qui ne viendront pas. Auren signe un hymne de pure résilience, où le silence qui suit l’effort n’est plus un vide, mais une plénitude retrouvée. En déplaçant la sentence de la « nullipare » vers les rives poétiques d’un « nénuphar » ou d’une transmission alternative (ateliers d’écriture, adoption), l’intime s’ouvre à une vibrante et consolante universalité.
LSP : Le titre se clôt sur une note universelle et bouleversante : « Pardonner mon corps de soigner ma lignée ». Comment parvient-on, par le chant, à faire la paix avec une enveloppe charnelle que l’inconscient collectif a pu juger « incomplète » ?
Auren : Quelle question !!! Je ne sais pas, mais de le dire à voix haute me fait du bien. Aussi, si je me connecte à ma part spirituelle, je me dit que ce parcours n’est pas là par hasard et qu’il me permet de comprendre et de soigner les schémas familiaux qui n’ont de cesse de se répéter. J’avais aussi envie de crier que l’on peut être nullipare et entière, nullipare et digne, nullipare et créative, nullipare et messagère, nullipare et mère. J’avais aussi à cœur de conclure sur une note positive car en étant mère biologique, j’aurais peut-être reproduit les schémas. La vie a fait aussi que je suis devenue mère adoptive car j’ai adopté ma belle-fille. Quel cadeau !
LSP : Tu évoques la nécessité de se mettre à nu pour guérir, par honnêteté morale. Est-ce un exercice délicat d’aborder la santé mentale et l’endométriose à travers le prisme de la musique pop, sans tomber dans les clichés ?
Auren : Oui, ça a été à la fois un saut dans le vide et une nécessité, comme aussi un besoin de transmission. J’aurais adoré avoir des témoignages d’artistes malades, nullipares, etc., pour me sentir moins seule, même si le sujet est un peu moins tabou ! Je ne regrette pas, car de nombreuses femmes et hommes m’ont écrit pour me raconter leur expérience et me dire que ça leur faisait du bien… Je suis également très surprise de la réaction du public à la fin des concerts qui vient me voir pour se confier. Magique… Comme quoi l’intime est universel !
LSP : Ton texte évoque ce mot si violent de « nullipare », cette sentence de l’inconscient collectif qui a pu te donner le sentiment d’être « incomplète ». Pourtant, le morceau s’achève sur ce vers d’une pureté biblique : « Pardonner mon corps de soigner ma lignée ». Quand la chair ne peut pas transmettre la vie de la manière dont la société l’exige, comment la chanson devient-elle une maternité alternative ? De quoi sens-tu que tes morceaux sont aujourd’hui la mère ou le berceau ?
Auren : Depuis que je suis allée voir au théâtre Antoine la pièce Nullipare de Salomé Lelouch, Françoise Gillard et Kelly Gowry, je me sens mieux. Je ne pense plus à « Nulle Part » mais à « Nénuphar » et « autre part »… Aussi, j’ai beaucoup travaillé en thérapie et on peut être maternelle, mère, sans donner la vie biologiquement… De mon côté, je donne la vie à des chansons… Aussi grâce aux ateliers d’écriture de chansons que je donne à l’école, dans les centres médicaux psy ou à l’hôpital, je ressens cette transmission. Je pense aussi que ce morceau Record peut faire du bien à tous ceux dont le corps les a lâchés et qui tiennent bon, ou à tous ceux dont le rêve ne peut se réaliser et qui essaient de trouver un plan B.
« Et après toutes ces épreuves, l’amour est encore plus fort… »
Mouvement V : L’Onde Réciproque (L’artisanat de la réconciliation)
Pour donner un corps sonore à ce psaume des chairs insurgées, Auren a retrouvé son complice d’élection, Nicolas Dufournet, au cœur du studio Melodium. Ensemble, ils ont façonné un artisanat de haute précision, une architecture hybride où le piano impérial et les cordes somptueuses de Laurent Valero — tendues dans la lignée de Michel Colombier — dialoguent avec les arpeggiators et les pulsations électroniques d’un Buchla easel. Les phares absolus (Sanson, Berger, Elton John ou Malik Djoudi) traversent cet espace sans jamais en troubler la trajectoire. Car ici, dans la texture organique du studio comme sur la ligne de crête des montagnes, s’abandonner n’est pas profaner son histoire, c’est la sanctifier dans le sillage de figures tutélaires comme Frida Kahlo ou Virginie Despentes. L’album déploie alors toute la vérité de son titre : Réciproque. Le territoire de la création devient celui de la réconciliation ultime, là où l’amour conjugal, rescapé de la tempête biologique, unit ses voix pour chanter à nouveau l’espace du cœur.
LSP : Pour cet album, tu as investi le studio Melodium à Montreuil avec Nicolas Dufournet. Tu cherchais une texture chaleureuse, organique, mais appartenant aussi au numérique. Comment avez-vous travaillé pour faire dialoguer ces deux époques ?
Auren : Dans cet album, je souhaitais vraiment laisser plus de place aux instruments acoustiques : le piano au centre, la batterie, la basse, les violons. Mais j’avais aussi envie d’ancrer cet album dans notre époque, alors Nicolas, avec son talent d’orfèvre de la musique, a mis des arpegiator, Buchla easel avec goût et parcimonie dans les chansons.
LSP : Au-dessus de ton piano, on découvre des superpositions vocales et des cordes arrangées par Laurent Valero dans l’esprit de Michel Colombier. Comment s’est orchestré le travail avec ta dream team pour habiller la nudité de ton texte ?
Auren : C’est vraiment tout le travail de Nicolas. Il me demandait quel costume je souhaitais alors je lui envoyais mes envies, mes décors, des inspirations et lui a créé le costume. Parfois plusieurs jusqu’à trouver celui à ma taille ! Il a écrit tous les arrangements, même ceux des cordes, et ensuite a fait appel à des musiciens incroyables comme Julien Noël, Stéphane Bellity, Scott Brickin, Wendy Killman.
LSP : Tes influences vont de Véronique Sanson et Elton John au Bowie de Life on Mars, jusqu’à Malik Djoudi ou Sébastien Tellier. Comment as-tu dosé ces inspirations pour que ta propre voix reste le centre magnétique de la toile sonore ?
Auren : Véronique Sanson, Berger, Elton John sont des artistes que je n’ai jamais cessé d’écouter. Malik Djoudi fait partie de mes coups de cœur récents. Alors on a mélangé tout ça, sans jamais perdre de vue la couleur « Auren » ! Et Nicolas la connaît très bien puisqu’on travaille ensemble depuis 2012 !! Et puis, le texte devait rester au centre, alors la voix se devait d’être devant !!! Nous avons aussi travaillé les superpositions vocales, j’adore ce travail-là.
LSP : Il y a une gémellité troublante entre la solitude d’une coureuse de trail perdue dans la brume des sommets et celle d’une artiste face à la page blanche. Qu’est-ce que ton esprit murmure à ton corps lorsque le souffle vient à manquer sur la ligne de crête ? Est-ce le même silence suspendu que celui qui précède la toute première prise en studio ?
Auren : J’aime tellement cette question !! Ce n’est pas tout à fait comparable, mais il y a néanmoins une similarité. Je dirais la confiance, l’absence de pensées limitantes et la stratégie des petits pas ! Car si on pense dès le départ qu’il faut marcher ou courir plus de 5h, le cerveau ne voudra pas, comme en studio s’il faut absolument mettre dans la boîte par exemple trois chansons en une demi-journée, la pression sera trop forte. Le souffle est bien sûr présent pour les deux activités ! La différence c’est que pendant une course, pour ne pas lâcher, je fais appel à mon corps ; en studio, je me connecte à mon cœur.
LSP : Tu évoques les figures de Frida Kahlo, de Virginie Despentes ou de Chloé Delaume comme des phares dans ta nuit. Ces femmes ont toutes exposé leurs plaies et leurs révoltes pour en faire des manifestes universels. En brisant la pudeur sur des sujets si secrets (la PMA, la fausse couche), as-tu eu le sentiment de profaner ton intimité ou, au contraire, de la sanctifier pour te libérer du poids du secret ?
Auren : Oui, j’ai eu peur et ça a été une vraie question. Je ne voulais pas être impudique. J’ai toujours cette croyance, que l’artiste doit rester un mystère, mais les mots qui sortaient sur mes mélodies étaient ceux-ci, je ne me suis pas censurée et j’ai été encouragée par mes équipes qui m’ont dit que ma parole serait importante…
LSP : Ton album s’appelle Réciproque, un mot qui appelle l’échange, le miroir, le don mutuel. Après la tempête biologique qui a mis ton couple à l’épreuve, la musique a-t-elle été le territoire de la réconciliation ? Comment fait-on chanter un amour qui a dû traverser le deuil de ce qui aurait pu être ?
Auren : Oui la musique l’a été puisque mon conjoint chante sur une des chansons de l’album… Il y a aussi le sport, la communication, le non jugement, l’empathie et le fait d’essayer de se connecter à partir de l’espace du cœur. La thérapie aussi a été un espace de réconciliation. Prendre sa part de responsabilité et essayer de comprendre ce qui se joue a été nécessaire. En tous les cas, je ne sais pas comment on fait pour chanter cet amour, je ne me suis pas posée la question, c’est venu tellement naturellement. Et après toutes ces épreuves, l’amour est encore plus fort…
le 22/07/2026
Auren site officiel : https://www.auren-officiel.com/





