Belfour « Comme des hyènes »
~ L’architecture du flux mental ~
Belfour : Origine : Clermont-Ferrand. Membres : Lucie Mena (chant/textes) et Michael Sacchetti (guitares/compositions). Collaborateurs : Thibault Frisoni, Pascal Humbert, Elizabeth Marre. Management : Olivier Haegeman
Belfour : le rire des hyènes dans le béton de l’âme
Par une nuit d’encre, le duo clermontois BELFOUR revient hanter nos platines avec « Comme des hyènes ». Un titre qui incise la jalousie au scalpel dans le décor « chirurgical » d’un parking souterrain.
Il y a, dès les premières secondes du clip réalisé par Elizabeth Marre, une sensation de vertige horizontal. Lucie Mena traverse un parking fantomatique avec son caddie, seule figure magnétique dans un désert de béton. Ce plan-séquence n’est pas qu’une prouesse technique ; il est la métaphore de notre propre « boîte crânienne ».
Le mouvement continu du cadre épouse celui d’une conscience en action, vivante et tourmentée. Chez Belfour, l’espace physique est toujours le reflet d’un espace psychique.
En transformant ce souterrain en théâtre des ombres, le duo nous invite à entrer directement dans le flux mental d’une narratrice en proie à ses propres dualités.
Belfour semble avoir capté cette essence de la chanson à texte française : une exigence esthétique où chaque silence et chaque geste sont chargés d’une intensité dramatique, prolongeant une lignée d’artistes pour qui la scène est un espace de vérité brute.
Le choix du parking souterrain comme décor n’est pas anodin. C’est un lieu de passage, un non-lieu où le béton froid devient l’écran de projection de nos angoisses les plus sourdes. Dans ce huis clos labyrinthique, le duo clermontois installe une atmosphère de film noir contemporain.
La présence magnétique de Lucie, poussant son caddie — symbole d’une errance quotidienne élevée au rang de geste mythologique — force l’auditeur à ralentir son propre rythme pour s’accorder à celui de la musique.
La poésie de l’incision
Le texte de « Comme des hyènes » frappe par sa richesse symbolique et sa capacité à conjuguer le trivial au mythologique. « Je suis jalouse comme un pou, du vinaigre jusqu’au cou ». La phrase claque comme une gifle.
Ici, la jalousie n’est pas un sentiment romantique, c’est une charge mentale permanente, une substance acide qui ronge de l’intérieur. Lucie Mena assume sa fragilité autant que sa puissance, portée par une voix profondément habitée.
« Une conscience en action, vivante, traversée par ses élans, ses
tensions et ses dualités. »
Les pensées, ces fameuses « hyènes » qui ricanent dans la nuit noire, deviennent des énergies qui circulent et cherchent leur voie. Le duo ne se contente pas de décrire le mal : en le mettant en mots, il lui donne une forme, offrant ainsi une possibilité d’apaisement par l’art. C’est une écriture incarnée, charnelle, qui refuse les artifices pour privilégier la sincérité désarmante de l’aveu.
Une transe rock et minimaliste
Pour ce nouveau single, extrait d’un prochain album très attendu, Belfour s’est entouré d’un binôme d’orfèvres : Jean-Daniel Glorioso et Thibault Frisoni, l’alter ego musical de Bertrand Belin.
Cette filiation s’entend dans la tension maîtrisée et l’écrin minimaliste qui laisse une place royale à l’émotion brute. On y retrouve l’influence de Pascal Humbert, collaborateur historique du groupe, qui a su injecter cette rigueur propre au rock de 16 Horsepower.
Le son est sec, précis. La guitare de Michael Sacchetti ne cherche pas le lyrisme facile, mais la vibration juste. Elle soutient le chant comme une colonne vertébrale, alternant entre des moments de calme inquiétant et des montées en tension.
L’héritage et la modernité
Leur musique est une « chanson rock » qui ne renie rien de ses racines mais refuse de regarder en arrière. Ils habitent le présent avec une ferveur qui prend aux tripes. Chaque morceau est une histoire racontée avec une émotion à fleur de peau.
le 04/05/2026





