Épisode podcast
~ Dialogue avec Nicolas Driot ~
« Des cailloux et des espoirs »
[… J’ai semé des cailloux et des espoirs
Pour ne pas me perdre en chemin
J’ai collé des étoiles qui brillent dans l’noir
Pour me guider comme les marins… ]
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Nicolas Driot
par Le son et la plume
Cartographie du Cœur, marque un retour sous son vrai nom, Nicolas Driot, pour un répertoire plus […]

Nicolas Driot : Cartographie du coeur
Entretien avec Nicolas Driot
Le Son et la Plume : Bonjour, Nicolas Driot. Changer de nom, ce n’est pas rien. On peut peut-être commencer par là ?
Nicolas Driot : Bonjour, oui alors, effectivement, c’est bien de commencer par là, parce que c’est quand même pas rien de changer de nom d’artiste au bout de vingt ans. Pour resituer un petit peu mon parcours, j’ai commencé de faire de la musique vraiment à plein temps en 2004, donc, oui, un peu plus de vingt ans, sous le nom de Kandid. C’est un pseudonyme que je m’étais choisi et qui me plaisait beaucoup et que j’ai gardé pendant toutes ces années, pendant une vingtaine d’années.
J’ai fait quatre albums sous ce nom-là. Le dernier album que j’ai fait, c’est un projet jeune public : « Victor et le Ukulélé ». Au départ, ça devait être juste une petite parenthèse. Ce projet dure depuis six ans maintenant, ça tourne depuis six ans, et ça m’a un petit peu catalogué « jeune public », « chanteur pour enfants ». Donc, j’avais envie de dissocier mes différents projets. Du coup, je reviens avec un album tout public. Je trouvais que c’était pas mal du coup de retrouver mon vrai nom, d’autant plus que c’est un album très personnel. Donc, ça avait du sens pour moi de m’appeler Nicolas Driot, comme en vrai, dans la vie de tous les jours.
[Musique]
Nicolas Driot : Je me suis rendu compte après coup qu’il y avait quand même un lien entre ces chansons et un fil rouge, c’est-à-dire la perte de repères à différents niveaux, dans différents thèmes. Pas que personnelle d’ailleurs, mais toutes les chansons sont traversées par ce thème-là. Donc, je pense que c’est quelque chose que je ressentais vraiment au fond de moi-même. J’ai besoin de mettre tout ça sur un disque, presque un album concept. Finalement, ça parle de boussole, ça parle de GPS qui tombe en panne, ça parle du sort des migrants. Voilà, encore un autre niveau de perte de repères.
Ça parle aussi des attentats du Bataclan. C’est une chanson que j’ai écrite un peu avant, du coup, même il y a pas mal d’années. Tout le monde actuel, en fait, m’a donné envie d’écrire ces chansons, parce que j’ai l’impression qu’on est dans une période particulière depuis quelques années. Ça ne va pas en s’arrangeant d’ailleurs. Et puis, vraiment, je me rends compte que les chansons, notamment celles que j’ai écrites il y a cinq ans, voire plus, prennent une résonance vraiment particulière aujourd’hui.
Il se trouve que, ces périodes-là, je venais tout juste de me séparer de la mère de mes enfants, genre quinze jours avant le premier confinement. Donc, là aussi, c’était propice à l’écriture, puisque ce n’est pas forcément… c’est jamais facile, quand on a vécu quinze ans avec quelqu’un, de se séparer, puis quand on a des enfants. Bref, tout ça, c’était très remuant et très inspirant.
Le monde s’écroulait à l’extérieur. Le monde s’écroulait à l’intérieur, c’est ce que je ressentais. Et, pire, j’ai l’impression qu’on était un peu tous perdus, parce que c’était quand même quelque chose d’incroyable, cette période. Du coup, crise sanitaire, c’était un truc totalement inédit et assez anxiogène aussi. On ne savait pas trop où ça allait.
Pour l’écriture des chansons, je démarre quasiment toujours par le texte, pas forcément le texte en entier, mais ça peut être même un petit couplet, un refrain, juste une phrase, parfois assez forte, qui va me donner envie de tirer la petite ficelle pour aller chercher la suite. Donc, voilà, depuis que j’écris en français — avant, j’écrivais au tout départ, j’écrivais des chansons en anglais — c’était l’inverse : je partais de la mélodie, de la musique. Maintenant que le texte est important pour moi, le texte en langue française… Vraiment, je passe beaucoup de temps à écrire, à peaufiner mes textes, énormément de temps. La musique vient beaucoup plus facilement. Donc le point de départ, c’est le texte, mais ensuite c’est un peu des allers-retours, c’est un peu un ping-pong entre la musique et le texte.
[Musique]
Nicolas Driot : L’enregistrement s’est fait sur une période d’un an et demi chez le réalisateur qui s’appelle Vivien Boucher. On avait la chance que le studio soit chez lui, dans sa maison. Et du coup, on pouvait prendre le temps, pas comme dans un studio professionnel où on pousse tout à coup de temps à la journée. Donc il n’y a pas trop de pression, et du coup, c’était parfait pour. Comme j’avais vraiment envie de me réinventer, et puis d’essayer des nouvelles choses, je me suis contenté… contenté, rien. J’ai apporté les chansons en guitare-voix. J’ai enregistré chez moi les maquettes en guitare-voix. Mon postulat était que les chansons fonctionnent de cette manière, à nu, qu’elles tiennent la route juste en guitare-voix ou piano-voix. Et j’ai été voir ce réalisateur, qui est aussi arrangeur, et je lui ai dit : « Voilà, tu as carte blanche, fais-en ce que tu veux et propose-moi des choses, surprends-moi. J’aimerais faire quelque chose, j’aimerais faire quelque chose que je n’ai pas fait. Il me proposera des choses que je n’ai pas faites au niveau arrangement. » On a pris le temps. Il a pris le temps chez lui de travailler tout seul à partir de mes maquettes. Ensuite, quand il avait avancé, il disait : « Bah, j’ai des choses à te faire écouter, viens au studio. »
Parfois, c’était tellement surprenant par rapport à ce que j’avais fait qu’il me fallait quelques jours pour m’habituer au titre. Des fois il arrive au tout début, parfois bien plus tard. Et parfois ils changent en cours de route. Je pense à une chanson, notamment de mon album, qui s’appelle « Notre Route », qui au départ s’appelait « Qu’ici ». On fait souvent… c’est inspiré, ces extraits des paroles de la chanson en elle-même. Donc, on essaye de voir qu’est-ce qui résume, quel est le mot ou les mots qui résument une chanson. Parfois c’est évident, parfois ça l’est moins.
C’est un peu pareil pour le titre de l’album, d’ailleurs. Jusque-là, pour les titres de mes albums précédents, c’était souvent le titre d’une chanson, une chanson phare de l’album. Là, ce n’était pas le cas. Il n’y a pas une chanson qui pouvait servir de nom de titre d’album, et il a pu aussi voir de manière plus large. Et en fait, c’est mon amoureux de l’époque qui m’a dit : « Ben, Cartographie du Cœur ça résumerait bien le propos. » Et c’est génial comme titre. En fait, c’était bien vu.
J’ai l’impression que ça devient de plus en plus compliqué de faire un album, même si on a de plus en plus les moyens techniques de faire des choses chez soi. En termes de matériel, il y a de plus en plus de possibilités. C’est démocratisé, on n’est pas obligé d’aller enregistrer dans un studio. Mais les défis, quand on est un artiste autoproduit, c’est plutôt les, les difficultés, c’est de trouver les financements. C’est de trouver, trouver des financements, et puis de savoir que, au final, très peu de chances de rentabiliser le produit, entre guillemets, le disque. Pour moi, c’est là les défis aujourd’hui, c’est de trouver une économie, un modèle économique qui soit encore pas trop à perte. Quand tu es artiste indépendant aujourd’hui, tu dois faire dix métiers tout seul, en fait : partir à la chasse aux financements, les demandes de subventions. Voilà, trouver les bonnes personnes pour t’entourer, que ce soit l’arrangeur, le réalisateur, mais les musiciens. Et puis tout ce qui est les réseaux, les algorithmes, les playlists.
[Musique]
Nicolas Driot : Alors, la pochette a été réalisée par un grand monsieur qui s’appelle Franck Loriot. C’est un photographe et graphiste très talentueux. J’ai plein d’albums chez moi de lui qu’il a réalisés, soit Dominique A, ou des pochettes de Jean-Louis Murat, par exemple, il en a plein d’autres. J’étais très fan de son travail depuis très longtemps. Et il se trouve que j’ai un ami musicien qui a travaillé avec lui aussi, Cécile Markov, qui m’a filé son contact. Et puis, un jour, j’ai pris mon courage à deux mains, je l’ai appelé. Et c’est quelqu’un de très sympathique, et ça a tout de suite matché, vraiment. On a bien discuté, on a calé un rendez-vous à Paris, chez lui, pour faire une session photo. Quelques semaines plus tard, j’étais chez lui, et c’était une demi-journée intense, mais hyper, hyper sympathique. On a fait la séance photo, puis on a laissé mûrir les choses quelque temps. Une présélection des meilleures photos. Donc à celle qui est sous le visuel de la pochette, c’est à signaler, de Franck Loriot, d’avoir fait cette… voilà, c’était fait miroir, en fait, cette double, ce double moi.
Je trouve que c’est très bien vu, parce que il a tout à fait compris la dualité qui est présente, qui est omniprésente dans les thèmes des chansons de l’album. Il a rajouté le titre « Cartographie ». Moi j’étais plutôt parti sur un bal royal, les vieilles cartes, les mappemondes, les boussoles, ça. Et lui a donné la dimension aussi de la carte à jouer avec le roi de cœur. On va dire, je me suis retrouvé en roi de cœur, c’est pas mal. Et c’est clair, il a fait un super beau visuel. En fait, je suis vraiment très, très content du résultat. J’aurais aimé que ce soit sur un vinyle, puisque j’adore les vinyles et que le truc, c’est quand même le plus bel objet à chez soi. Mais c’était un peu trop cher pour mes petits moyens. Donc, je me suis contenté du traditionnel CD. Qui est un peu en perte de vitesse aussi le CD, mais moi je tenais fort. Voilà, je suis très attaché encore à l’objet, de par mon grand âge peut-être, je ne sais pas. Mais c’est important pour moi d’avoir quelque chose de matériel à tenir entre les mains. On peut avoir le détail de qui a fait quoi. On peut voir les paroles des chansons, les crédits. Quand j’achète des albums, j’adore voir qui a fait quoi, qui a réalisé la pochette, qui a réalisé l’album.
Demain ? Je ne sais pas, parce que je n’ai pas du tout de plan de carrière. Je fonctionne vraiment à l’instinct et à l’envie. Donc, ça se trouve, je vais faire totalement autre chose pour le prochain album, je ne sais pas du tout. En tout cas, c’est quelque chose que j’ai pris plaisir à faire, et je trouve que cette direction est intéressante. Ça a l’air de te plaire, d’après les retours que j’ai depuis quelques temps déjà. L’album est sorti il y a un gros mois. Je commence à recevoir pas mal de messages de gens, heureux de retour. Ils sont encourageants. Après, je ne sais pas trop pour l’avenir, je n’ai aucune idée.
Fin de l’épisode
Nicolas Driot : Biographie
Nicolas Driot, également connu sous son nom de scène « Kandid », est un chanteur-compositeur français dont l’univers musical navigue entre poésie, pop-folk et une sensibilité intimiste.
Après avoir obtenu une licence de musicologie, il s’installe à Manchester au début des années 2000 pour poursuivre ses études musicales. C’est là qu’il commence à se produire sous le nom de « Kandid » dans les pubs anglais, chantant déjà en français. De retour en Auvergne, sa région natale, il enregistre son premier album, « Les premiers pas », marquant le début d’une carrière jalonnée de nombreux concerts et de premières parties d’artistes reconnus.
Au fil des années, Nicolas Driot a sorti plusieurs albums sous le nom de Kandid, dont « À qui veut l’entendre » (2009), « Peu Importe » (2013) et « Nu » (2014), qu’il accompagne d’un livre jeunesse. Son travail est souvent caractérisé par des textes ciselés, explorant l’amour, l’absence, l’enfance et la quête du bonheur.
En parallèle de ses projets musicaux, Nicolas Driot est également très impliqué dans le jeune public. Il crée en 2018 le spectacle musical « Victor et le Ukulélé », inspiré de son livre jeunesse, et anime régulièrement des ateliers d’écriture et des projets pédagogiques en milieu scolaire.
Son dernier album, « Cartographie du Cœur », marque un retour sous son vrai nom, Nicolas Driot, pour un répertoire plus orienté vers le grand public. Né d’une période de bouleversements personnels et mondiaux, cet opus est décrit comme un « hymne à l’amour et à l’espoir », un album de résilience où la poésie rencontre la mélancolie douce.





