Épisode podcast
~ Dialogue avec La Reine Garçon ~
« Je n’existe pas
[… Si demain la mer remplissait le ciel de larmes
Si demain enfin je pouvais devenir moi
Me laisserais-tu déplier mes ailes une seule fois?
Si demain la lune chassait au loin le soleil…]
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La Reine Garçon
par Le son et la plume
Laissez-vous envoûter par « La reine garçon ». Ce duo tisse une folk poétique et intime, où voix […]

Pop ‘n’ Folk avec Le Reine Garçon
Le son et la plume : Entrevue avec La reine garçon
Le son et la plume. Bienvenue dans ce nouvel épisode, cet espace sonore où les voix murmurent et les mélodies se confient. Aujourd’hui, nous ouvrons les portes de l’univers de La reine garçon. Derrière ce nom singulier se cache un duo : Floé et Delphine, à la scène comme à la ville. Leur musique est un tissage délicat de leurs âmes. Leurs chansons sont des histoires sincères, portées par le frémissement des guitares acoustiques et l’entrelacement de leurs voix. La reine garçon, c’est une invitation à l’intime, un voyage au cœur de la transformation et de l’acceptation de soi. C’est une poésie qui parle de l’identité, de la dualité et de la force immense qui naît de la vulnérabilité ou de la sensibilité. Alors, laissons-nous porter par la douceur de leur musique, par la justesse de leurs mots. Installez-vous. La reine garçon tout de suite.
LPS : Bonjour et bienvenue sur Le son et la plume.
La reine garçon : Bonjour.
LSP : La reine garçon, ce nom de groupe, est-ce une référence à la littérature, au cinéma ?
La reine garçon : Oui, c’est très simple. Comme tous les groupes, on a cherché un nom au début, en 2021, pour notre premier disque. On avait des listes de noms, plus ou moins bons, et une autre liste de films à voir. Il y avait un film qui s’appelait La Reine Garçon dans cette liste. Un film de Mika Korismaki, le frère d’Aki Kaurismäki, qui parle de la reine Christine de Suède. En voiture, en lisant les deux listes, on a eu un flash. On s’est dit qu’un nom sur une liste pourrait aller sur l’autre, que c’était mieux que nos essais. Ce n’est pas nous qui l’avons trouvé, mais c’est chouette, ça colle bien avec l’idée d’un couple, d’un duo trans. Il y a quelque chose qui fonctionne. On s’est arrêté là-dessus, et cette première impression est restée.
On se disait que cette reine garçon était un personnage dans lequel chacune de nous pouvait se retrouver. Ça pouvait être toi, moi, nous deux. C’est intéressant car c’est bizarre pour un duo de prendre le nom d’un personnage unique. Mais la dualité du nom était intéressante aussi. Concrètement, en 2021, j’étais en début de transition, et je pense qu’aucune de nous ne savait ce qui allait se passer. Ça a créé une sorte d’image imaginaire, fantasmatique, un mélange de nous deux peut-être.
(Extrait musical)
La reine garçon : C’est très spontané. On essaie de ne pas trop réfléchir. Effectivement, une partie de nos textes tourne autour de mon genre. Sans le savoir et sans le vouloir, les images dans les textes renvoient à ce questionnement, à cette recherche de changement. C’était le cas de cette chanson, « Tu es la fille que je voulais être », qui ouvre notre premier disque et fait un lien avec le deuxième. Aujourd’hui, nous sommes un couple lesbien, enfin, c’est ce que les gens disent. Et cette phrase résume un peu ça. Je ne sais pas comment le dire autrement.
C’est Floé qui s’occupe des textes en majeure partie, en tout cas. On joue, on construit des idées avec nos guitares autour des textes à peu près ici, ou dans d’autres espaces plus petits si on recherche une intimité plus forte. Ça prend un certain temps, et soit ça mène à quelque chose d’intéressant, soit on n’y arrive pas. Au bout d’un moment, on a assez de petits croquis avec au moins un embryon de texte, une phrase clé. On structure un peu ça, de façon assez classique : couplet, refrain, pont, etc. Si ça ne fonctionne pas ou si c’est trop long, on ajuste. Une fois qu’on est vraiment sûr de la chanson, on se demande comment on pourrait la jouer : guitares seules, piano, autre chose. C’est assez classique, mais ça vient dans un second temps. On n’est pas le genre d’artiste qui parle d’un son en premier, on parle toujours d’une chanson.
(Extrait musical)
La reine garçon : La particularité, c’est qu’on est parti enregistrer l’album au Canada. On nous a proposé un studio canadien pendant deux semaines, et on est parti avec Loni, qui a réalisé le disque. C’est elle qui a rempli cette étape de « on a les chansons, mais qu’est-ce qu’on en fait ? ». C’est un peu ça. On est parti avec un musicien qui s’appelle Antoine Pinet aussi, qui joue avec Ashburns notamment, et un ingénieur du son. On avait deux semaines pour faire ce disque précisément dans une maison. C’était un studio résidentiel installé dans une maison très spacieuse avec une douzaine de chambres et un studio sur trois étages. C’était très agréable de pouvoir passer de la cuisine au studio en quelques mètres.
Je pense que notre musique à la base, c’est du folk vraiment au sens littéral du terme. C’est une musique qui parle d’une aventure humaine, notre couple et mon changement de genre. Voilà. Et on essaie d’adresser ce message positif aux gens. C’est incarner ce changement dans notre couple, notre famille – on a deux enfants – et notre projet. On avait d’autres projets musicaux avant La reine garçon, et au moment de ce changement important et positif, on a ressenti le besoin de l’accompagner avec notre projet musical. Se dire que si on change dans la vie, on change aussi dans notre manière de faire de la musique, ce qui est logique.
(Extrait musical)
La reine garçon : Donc, je dirais que c’est une sorte de réflexion sur ce que ça peut être d’être trans aujourd’hui, mais en le vivant en couple et avec des enfants. Voilà, ce qui n’est pas trop abordé. Il y a souvent une petite diabolisation des personnes trans par la politique ou les médias de façon très abusive. Donc on essaie juste d’envoyer un message bienveillant, accueillant et positif. En disant que ça peut bien se passer. Vous voyez. En dehors des problèmes de sport, de toilettes, de tribunaux, du délire médiatique actuel qui tombe sur la tête des quelques personnes trans, qui sont peu nombreuses et ont du mal à se défendre. Je ne sais pas si ça répond à la question, mais disons que c’est un disque de folk avec un sens militant qu’on n’a pas voulu être au départ.
On écrit des chansons, on fait de la musique, on travaille avec des images dans les textes, il n’y a pas de slogan dans le disque. Mais au fil des mois, le projet a pris un sens militant de par la réalité qui nous entoure. On joue beaucoup sur scène pour des associations féministes et LGBT, et on croise des parcours de gens proches des nôtres, au niveau familial en tout cas, au niveau couple.
On subit pas mal d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux. C’est assez surprenant, on ne s’y attendait pas du tout. On fait une musique très douce et accueillante, accessible à toutes et tous. Il n’y a pas de barrière. Mais voilà, c’est vraiment un projet qu’on a souhaité accueillant, et parfois des gens nous disent : « Mais c’est fermé. » Si vous faites un concert ce soir dans un lieu LGBT, est-ce que je peux venir ? Je pense que ce sont des gens qui ont besoin d’information. Précisément, lorsque des associations militantes proposent des soirées, c’est bien sûr ouvert à toutes et tous, c’est le but. Sinon, ça n’a pas d’intérêt.
C’est une incompréhension, et on essaie de lutter contre ça aussi dans notre musique, de ne pas être dans des slogans. Ce n’est pas notre approche. Il n’y a pas de slogan. Après, chacun en fait ce qu’il veut. Ça peut s’écouter à un niveau strictement musical, il me semble. Sans que le message plus personnel, notre histoire de duo, de couple, de famille et de transidentité, soit imposé de façon trop schématique dans notre démarche artistique.
La reine garçon : Sur ce disque, on a été influencé par des artistes qu’on aime bien. Je ne sais pas, on a beaucoup écouté Bif, Adrien Lincard, Vashti Bunyan, Wise Blood, Mariou. C’est du folk, mais aussi des grands noms plus anciens, comme Johnny Mitchell. Il y a très peu de chanteuses qui ont eu de vraies carrières. Notre musique vient des années 60-70, du folk, mais c’est essentiellement des hommes. Il y a très peu de femmes qui ont pu faire 30 ans de carrière ininterrompue. La plupart de celles qui ont eu la chance de faire un disque en ont fait un et sont rentrées chez elles élever leurs enfants.
En gros, c’est un peu ça. Vashti Bunyan a eu la chance de faire un très beau disque au début des années 70 qui ne s’est pas bien vendu, et elle est partie vivre dans une roulotte, elle a élevé ses enfants pendant trois décennies. Elle a eu une deuxième carrière dans les années 2000 et a maintenant 80 ans. C’est un peu comme ce qu’on fait en ce moment dans les musées d’art, où on refait les inventaires en essayant de trouver des femmes, et on se rend compte qu’il y en a, mais qu’elles n’ont pas été mises en avant et ont moins pu créer. C’est pareil dans la musique, exactement la même chose.
(Extrait musical)
La reine garçon : Puis on a aussi été accompagné par des artistes trans. Il y en a moins forcément, mais moi, pendant ma transition, j’écoutais les disques d’Anonique, une des grandes figures des 20 dernières années. On a découvert aussi en cours de route, juste pour le disque, un fantastique chanteur trans racisé américain des années 70, qui a transitionné dans les années 70-80 : Beverly Glen Copland. Il est absolument fabuleux. Il a fait assez peu de disques, mais tous très différents et très intéressants au fil du temps. Il a été redécouvert à partir de 2015. C’est tout récent. Il a fait ses premiers concerts à 75 ans et n’est pas en très bonne santé aujourd’hui. C’est un peu triste. Il est en train de finir sa carrière et ses derniers concerts quelques années après les premiers, à plus de 80 ans. Il projette sur scène un documentaire réalisé avec sa femme sur sa démence. C’est jusqu’au bout un projet assez unique. Et à part ça, sa musique est fantastique. Il a commencé par une période très acoustique qui sonnerait un peu comme du Johnny Mitchell, puis il est passé à des disques plus clavier, puis plus électroniques, pour finir sur sa période la plus récente, plus jazz.
Pour l’instant, on a toujours joué à deux sur ce projet, La reine garçon. Les morceaux à la base, on les fait à deux. Donc on peut absolument tout jouer à deux. Et sur scène, c’est vraiment un autre but. On tente de trouver quelque chose de pur, sans artifice. On joue avec des micros d’ambiance, ce qui fait qu’on a absolument le son de la pièce et tout. Ce n’est pas exactement le disque refait à l’identique, c’est autre chose. D’ailleurs, on vise vraiment quelque chose de minimaliste, pas de décor théâtralisé. On essaie vraiment d’être le plus proche des gens possible. Un décor crée tout de suite un obstacle entre le public et la scène.
On essaie vraiment d’être le plus proche possible des gens. On garde souvent un temps d’échange après la projection et le concert. À ce moment-là, les gens posent des questions à la fois sur le documentaire et sur le concert. Ça se partage entre des questions musicales et des questions d’ordre plus intime. On essaie de répondre comme on peut, ça dépend des questions et de ce qu’on peut dire. Il y a aussi des gens qui viennent parfois avec des associations féministes ou cuir pour partager leur expérience. C’est aussi quelque chose qu’on admet, on n’est pas forcément les seuls à dire des choses. Les gens dans le public sont libres aussi de faire part de leur expérience si ça a un lien avec la soirée, ce qui permet de se rendre compte qu’il y a beaucoup de gens très isolés qui ont besoin de partager des choses.
LSP : Nous arrivons au terme de notre émission. Merci Floé, merci Delphine, La reine garçon. À très vite.
La reine garçon : Merci à toi.
La Reine Garçon
Derrière le nom singulier de La Reine Garçon se révèle un duo captivant, à la scène comme à la ville : Floé et Delphine. Leur alchimie artistique et personnelle donne naissance à une musique folk empreinte de douceur, de sincérité désarmante et d’une poésie introspective.
Formé en 2021, au moment de la sortie de leur premier disque, le nom du groupe trouve son origine dans le film La Reine Garçon de Mika Kaurismäki, retraçant l’histoire de la reine Christine de Suède. Ce titre énigmatique résonne avec la dualité qui anime le duo et l’exploration des thèmes de l’identité et de la transformation qui traversent leurs chansons.
La musique de La Reine Garçon se tisse délicatement autour du frémissement des guitares acoustiques et de l’entrelacement de leurs voix. Leurs chansons sont des récits intimes, portés par des mélodies mélancoliques et des textes poétiques, souvent écrits par Floé. Ces paroles explorent avec une sensibilité à fleur de peau les thèmes de l’acceptation de soi, de la dualité qui nous habite et de la force qui émerge de la vulnérabilité.
Leur premier album pose les bases d’un univers folk authentique, mais c’est avec leur deuxième opus, enregistré au Canada sous la houlette de Loni, que leur identité musicale s’affirme davantage. Si leurs influences puisent dans la tradition folk des années 60 et 70, avec des artistes comme Johnny Mitchell, ils revendiquent également l’héritage d’artistes trans comme Anonique et Beverly Glen Copland, dont les parcours singuliers résonnent avec leur propre expérience.
Au-delà de la beauté mélodique et de la profondeur des textes, La Reine Garçon porte un message de bienveillance et d’inclusion. Le changement de genre de Floé, vécu au sein de leur couple et de leur famille, infuse leur musique d’une perspective unique et engagée. Sans jamais tomber dans le militantisme pur, leurs chansons et leur présence sur scène offrent un espace d’échange et de partage d’expériences, notamment au sein des communautés féministes et LGBT.
Sur scène, Floé et Delphine privilégient une approche minimaliste et authentique, cherchant une proximité avec le public. Leurs concerts sont souvent suivis de moments d’échange précieux, où les questions musicales et intimes se mêlent, créant un lien fort avec leur audience.
La Reine Garçon est plus qu’un simple groupe de musique ; c’est une invitation à l’intimité, un voyage au cœur de l’humain, porté par la douceur de leurs mélodies et la justesse de leurs mots. Leur musique est un témoignage vibrant d’amour, de transformation et d’acceptation, qui résonne avec une sincérité désarmante dans le paysage musical actuel.





