Épisode podcast

~ Dialogue avec Aude Juncker ~

[… « Je mets mon manque dans le cendrier
Je lui dis attends attends encore un peu
Je suis dans la faille mais aguerrie
Cœur courageux peut faire le tour de la nuit » …]
Aude Juncker Podcast l'infaillibleAude Juncker
  • Aude Juncker  » La plénitude du vide »

    Laissez-vous transporter au cœur de chansons mystérieuses, entre rochers millénaires et échos de secrets oubliés. Découvrez comment Aude […]

Aude Juncker

Entretien avec Aude Juncker

Bienvenue sur le premier épisode de la nouvelle saison trois du son et la plume. Le temps a suspendu son vol, mais les mélodies, elles, ont continué leur chemin. Et, pour ce premier voyage de la saison, nous levons le voile sur un nouveau chapitre.
Aude Juncker nous ouvre les portes de son univers, celui de son nouvel EP l’infaillible. Préparez-vous à une plongée intime, là où chaque note est une confidence et chaque mot un écho de l’âme. Aude Juncker, l’infaillible.

Bonjour Aude !

Aude Juncker : Bonjour Jedj

LSP
On va, on va en parler pendant un petit moment. J’aimerais juste qu’on parle du titre. C’est un titre à la fois énigmatique et percutant. Qu’est-ce qui a jailli pour donner naissance à cet opus ?

Aude Juncker
L’infaillible. En fait, c’est la première chanson que j’ai écrite pour éventuellement la fin de mon premier album. Elle a d’ailleurs pris plusieurs formes après avoir travaillé la mélodie et le texte. C’est-à-dire qu’elle m’a suivi tout du long, elle a évolué avec le temps et donc aujourd’hui mon nouvel EP tourne autour de cette thématique.

LSP
Qu’est-ce qui donne naissance à cette notion d’infaillibilité ? La douleur, le non-amour, l’absence ?

Aude Juncker
En fait, là, c’est, c’était très concret, c’est, ça parlait d’un amour fantasmé en fait. Et non réciproque. D’un idéal. Des personnes qu’on idéalise. Et donc, quand on idéalise souvent, il n’y a pas de faille. C’est comme s’il y avait un voile.

LSP
On ne voit pas la réalité et à un moment donné, on s’éveille ?

Aude Juncker
C’est assez commun. C’est dire qu’en fait, quand on est dans l’état amoureux – je parle du début – on voit les failles, mais, en fait, elles sont comme dans un voile de soie, en fait.

LSP
On dit que l’amour rend aveugle, mais en réalité, ce n’est pas ça : c’est peut-être que la lumière nous éblouit ?

Aude Juncker
Exactement, je ne pense pas qu’on soit aveugle, on voit bien les choses, mais on est ébloui par la lumière.

[Musique]

LSP
On se trouve à la frontière entre l’intime, le personnel, et quelque chose d’universel et de partagé. Comment tu trouves cet équilibre ?

Aude Juncker
Regardez ces failles en face. C’est s’accepter et s’aimer avec soi-même.
Quand j’écris une chanson, en fait, je commence toujours par le brut, la véracité. C’est-à-dire que, que ce ne soit pas la forme qui m’intéresse, c’est le fond. Donc, ça peut être très mal écrit au départ.

LSP
Oui, je vois, tu vas chercher, la quintessence de quelque chose, mais d’abord dans le brut.

Aude Juncker
Je laisse libre cours à ce que j’ai vraiment au fond de moi, sans me soucier de la forme. Que ce soit beau. Que ce soit bien dit, parce que ce qui compte, c’est ce qui jaillit.

Comme un journal intime, en fait. Et encore, maintenant que j’y pense, un journal intime, on essaie de bien écrire les choses et de les mettre en forme. Donc, pas vraiment, je dirais que c’est un premier cri.

LSP
Oui, je comprends l’allégorie du journal intime. Le journal intime, on l’écrit aussi pour qu’on le lise. Et donc, on fait en sorte que l’écriture est déjà quelque chose de codifié pour qu’il soit compris, pour qu’on puisse passer nos idées du moment. Mais l’écrit, lui, il est impulsif, et il n’a pas besoin d’être compris. Il doit être entendu par l’intérieur et l’extérieur.

Aude Juncker
Je commence par quelque chose de très impulsif et puis je le mets en forme.

LSP
Entre cette matière première et cette matière, travaillée, comment fais-tu pour ne pas t’y perdre et garder quand même l’essence de ce premier cri ?

Aude Juncker
Bah, il y a plusieurs choses qui viennent. Il y a la mélodie aussi qui vient sculpter et puis a le sens qui apparaît. Parce que, parfois, il y a des choses impulsives qui sortent et on n’y voit pas tout de suite le sens et l’essence précise.

[Musique]

LSP
Si ton EP était un paysage ?

Aude Juncker
Un paysage clair-obscur. À la fois mélancolique et avec beaucoup de lumière.

LSP
Tu as choisi un paysage justement, un extérieur, avec des éoliennes en Lorraine. Pourquoi ce choix ?

Aude Juncker
C’est vraiment le paysage qui m’a happé. Je me baladais avec ma cousine dans ce champ.
Je le trouvais très beau, et je me suis dit que je pourrais tourner une partie du clip dans cet endroit.

Je n’avais pas encore l’histoire. Elle m’est venue quand je suis rentrée.
L’infaillible parle d’un amour qu’on n’arrive pas à quitter. Qu’on veut quitter, mais qu’on ne peut pas quitter, qu’on continue à suivre, à poursuivre ! En fait, j’ai construit le clip comme je construis mes chansons. J’ai une idée de base et ensuite je fais confiance à ce qui viendra.

LSP
Quelle est ta relation à l’écriture ?

Aude Juncker
Pendant des années, j’écrivais tous les jours, surtout de la poésie. J’avais mis un peu les chansons de côté et ça m’a dit d’ailleurs servi ensuite pour revenir à l’écriture de chansons. Parce que je fais la part des choses entre la poésie et la chanson.

LSP
Pourquoi il est important de faire la part des choses entre la poésie et la chanson ?

Aude Juncker
En réalité, j’ai envie que les gens comprennent immédiatement de quoi je parle. Je veux que mes mélodies les touchent également sans intermédiaire. Ce n’était pas le cas pour mon premier album. La poésie pure peut être ardue.

LSP
Est-ce qu’il y a des poèmes qui sont devenus des chansons?

Aude Juncker
Je pense que j’ai dû prendre des phrases de mes poésies: oui, certainement, ou des images, comme je te disais.
Quand je vais en avant, je marche en arrière en même temps. L’oubli est une machine de guerre. Souvent je personnifie les sentiments, les émotions, les sensations. Par exemple, le manque devient une personne, une entité. Et je m’adresse à eux comme s’ils étaient là. Je suis aussi une personne qui s’introspecte beaucoup. J’essaie toujours d’analyser les ressorts: la mécanique des choses ou la mécanique des situations. C’est ça qui nous permet d’avoir une possibilité d’agir dessus.

LSP
Lorsque tu te promènes en ville, regardes-tu le sol ou les yeux en l’air ?

Aude Juncker
euh, je pense que je marche les yeux un peu partout, ça dépend. (rire)
Ça dépend. J’ai souvent de la musique dans les oreilles.

LSP
Donc tu as et le rythme de la ville et le rythme de la musique ?

Aude Juncker
Je pense que j’ai souvent le rythme de la musique. Je suis vraiment éclectique. J’écoute presque tous les genres, à l’exception du rap et de l’électro. Plutôt, la musique des années cinquante, soixante et soixante-dix.

LSP
Quelles sont les lectures qui t’ont marquée ?

Aude Juncker
Mes premières lectures, en fait, je dirais ?
Celine « Voyage au bout de la nuit ». Ce que j’ai apprécié dans ce livre, c’est quelque chose de viscéral et de très brut, avec des éclairs de beauté poétique. Donc, c’est ce mélange.

J’aime beaucoup Romain Gary. Il a un regard extrêmement lucide sur les choses. Comme Celine, il va y mettre beaucoup de tendresse aussi et beaucoup d’humour.

L’infaillible, c’est aussi cet apprentissage : savoir se regarder vraiment dans les yeux. On arrive au bout de ses limites. Quand on accepte ses failles, on accepte aussi sa force.

LSP
Ta voix est douce et chancelante, il y a une force tranquille.

Aude Juncker
Je suis passé par différents virages. Je n’avais pas vraiment confiance en ma voix parce que je ne lui trouvais rien de spécial. J’ai eu une période où j’ai tenté d’accentuer des choses, de rendre une interprétation beaucoup plus personnelle. J’ai été comédienne, donc j’ai pris des cours de comédie et donc je suis allée dans ce chemin-là, mais finalement je me suis perdue. Je me suis perdu en tentant de la trouver. Parce qu’en fait, j’ai la voix que j’ai, elle plaît ou ne plaît pas et ça suffit en soi.

Marcello Giuliani d’ailleurs,le réalisateur de l’album, m’a beaucoup aidé sur ce point. D’aller au plus simple possible. De ne pas en faire des caisses.

LSP
Comment s’est faite votre rencontre ?

Aude Juncker
C’est un ami en commun qui nous a présentés. Je cherchais un réalisateur qui puisse m’emmener dans des sonorités comme dans les années soixante, soixante-dix, avec de vrais instruments travaillés, de vrais musiciens. Retrouvez cette chaleur humaine, ce dialogue, cette improvisation en fait, et donc forcément cette fragilité.

Je lui ai donc fait écouter mes maquettes, et il a dit: c’est parti, on va essayer de faire quelque chose. On a enregistré « Corps épine » et on l’a fait écouter à Marc Colin du label « Kwaidan Records » et il a adoré: c’était parti.

LSP
La perfection, c’est quand il n’y a plus rien à enlever.
Lorsque l’on a retiré le superflu pour ne garder que l’essentiel

Aude Juncker
L’essentiel j’aime bien ça, oui c’est communiquer avec ce qui nous dépasse, je pense globalement. C’est tenter de comprendre avec les mots qu’on a en nous.

J’adore Christian Bobin, par exemple. J’adore sa façon de parler, même en interview, parce qu’il est toujours dans la création. Il ne cherche pas forcément à se faire comprendre des autres. Je trouve ça génial. Cette liberté.

On a peu de mots pour retranscrire nos états intérieurs. Nos beautés qui nous transpercent. Alors on va dire : c’est beau ! Mais peut-être aurait-il d’autres mots pour retranscrire ces différentes beautés. On devrait l’apprendre aux enfants, à l’école. Ça nous permettrait de rentrer plus profondément dans l’âme des gens. De puiser la richesse de notre intériorité. Parce que je pense qu’on est tous des poètes au fond, mais on ne nous a pas appris à exprimer notre poésie.

Podcast chanson – les balades musicales

Les informations complémentaires sur le site officiel de Aude Juncker

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