Dear Pola « L’endroit où l’on revient – Portrait

©David Bosso



Le paysage qui passe
La pochette montre un paysage vu depuis une vitre en mouvement. Le disque tout entier s’y reconnaît : « on ne voit pas la destination. On voit ce qui passe… Il devient presque un souvenir au moment même où on le regarde. »

La vitre compte autant que le paysage. « Elle crée une séparation très mince. Le monde est juste là, presque à portée de main, et pourtant on ne peut pas le toucher. » Reste à savoir si cet album cherche un endroit où se poser. La réponse laisse la question ouverte : « il cherche plutôt à accepter qu’il n’y en ait pas toujours. »

Ce que la maison a empêché
Guitare et voix ont été captées ensemble, en dix jours, dans une maison plutôt qu’un studio. Le lieu devient une méthode : « la maison nous a surtout empêchés de fabriquer du silence. » L’irréversibilité de la prise se transforme en manière d’être : « Nous n’avons pas enregistré dix jours en essayant de soustraire le monde du disque. Nous avons laissé le disque avoir lieu à l’intérieur du monde. »

Une phrase résume ce choix mieux qu’aucune autre : « Quatre murs insonorisés nous auraient peut-être donné davantage de contrôle. La maison, elle, nous a donné une présence. »

Un témoin, enfin
Après des années passées à enregistrer seule dans sa chambre, le travail avec Fraise (Sébastien Guichard) change une chose immense : « soudain, il y avait un témoin. » La voix rend cette présence exigeante entre toutes : « une voix est assez mauvaise menteuse. »

Puis la confiance s’installe, à sa propre surprise : « je n’ai plus eu besoin de me protéger de son écoute. » Une qualité d’écoute rare, qui ne cherche jamais à corriger la fragilité : « il ne m’a jamais demandé d’être moins vulnérable pour être plus juste. »

Osto
À la fin de l’entretien arrive ce qu’aucune de mes questions n’avait demandé. « J’aimerais parler d’Osto. »

Nous avions beaucoup parlé de solitude, de chambre, de gestes accomplis seule. L’image demande à être corrigée : « ce serait profondément faux de laisser croire qu’un album comme celui-ci se fait seul. » Les noms viennent un à un : Mickaël, Céline, Alex, Altho Studio, Tom, JB, Léo, Fraise et avec eux ce moment où d’autres prennent le relais d’un travail longtemps clandestin : « des gens arrivent et disent, à leur manière : maintenant, nous allons les porter avec toi. »

Vient enfin ce qu’il faut accepter de perdre : « le disque ne m’appartient plus vraiment. » Les chansons accompagneront des vies inconnues, des trajets, des insomnies, des dimanches matin, et cette dépossession ressemble à ce qu’elle attendait sans le savoir. Ne reste qu’une hâte simple : « voir ce que ces chansons deviennent devant des visages, ce que le silence d’une salle leur fait. »

Dear Pola : Dear Pola Instagram
Osto Records : https://ostorecords.com/dear-pola/
La Centrifugeuse : https://lacentrifugeuse31.wordpress.com/notre-actu/dear-pola/
Article La Cordo Musique Actuelle : https://www.lacordo.com/artiste/dear-pola

le 11/09/2026

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