Aure « Printemps »
~ La sève et l’éther : une effloraison de l’invisible ~

Written and composed by Aure Delaroière – Arranged and produced by Corentin Ollivier – Mixed By Taissa Arruda – Mastered by Jeffrey de Gans – Voice and guitar : Aure – Violins : Pauline Denize – Addition drums: Zoé Hochberg – All other instruments: Corentin Ollivier – Cover photo: Johanna Benaïnous – Graphic design: Roch Deniau
AURE – La sève et l’éther : une effloraison de l’invisible
Dans l’intimité d’une pièce ouverte sur le grand large, l’album « Printemps » d’AURE se déploie comme une mue chromatique. Ce carnet d’écoute nous invite à suivre le vol d’un oiseau quittant le givre de l’hiver pour la clarté d’un nouveau jour.
L’espace de cet album tangue sur les rivages du péril sur une ligne d’horizon qui refuse de se fixer, une zone de flou où le bleu vire au gris, puis au vert, sans jamais prévenir. On y respire l’odeur de la terre mouillée après l’orage, mêlée à la tiédeur d’une peau qui a trop longtemps cherché le soleil. C’est un refuge fait de bois craquant et de brume matinale, un lieu où l’immensité du dehors est enfin devenue l’immensité du dedans.
La fibre et l’écho
Ici, les instruments, la voix sont des textures organiques qui frottent contre la paroi de l’âme. La guitare possède le grain d’un bois flotté, ramassé sur la grève après la tempête. Elle vibre comme une corde que l’on aurait tendue entre deux montagnes pour écouter passer le vent, « l’écho de sa voix » et le pouls funambule qui sent le fil osciller.
Les mots ne sont pas des concepts, ce sont des objets physiques. Parfois, ils traînent comme des draps de coton lourd sur un sol de tommettes froides : « Qui de nous deux a eu peur / Un peu des deux qui abandonnent ». Chaque syllabe est un galet que l’on fait ricocher sur une eau sombre, créant des ondes qui se répercutent jusqu’à devenir une « Herida en el corazón ».
On sent sous la plante des pieds nus l’oscillation du fil du funambule, cette vibration sourde de la basse qui remonte le long de l’échine, rappelant que la chute est une possibilité, mais que l’équilibre est une grâce.

La mue chromatique
Puis, le vertige s’installe. L’album n’avance pas de manière linéaire ; il mue. C’est une ascension silencieuse vers les cimes, là où l’oxygène se raréfie et où les mots s’effacent devant la pureté de l’air. On traverse un orage électrique, lourd de tensions, pour rejoindre une marche apaisée sous une pluie fine qui lave les visages. C’est le mouvement d’une aile qui se déploie : l’envie de suivre les oiseaux vers une lumière plus haute, de fondre son propre corps dans l’azur pour retrouver la trace du soleil disparu.
Les sentiments y sont des couleurs changeantes, une « desilusión » qui se transforme lentement en une combustion lente. On traverse la peur d’avoir été laissé seul, sans maison, pour finalement découvrir que le foyer se trouve dans cette capacité à fleurir à nouveau après l’hiver. La tristesse s’évapore pour laisser place à la clarté du petit matin que l’on finit enfin par apercevoir.
L’empreinte du pollen
On ressort de cette écoute avec la sensation d’avoir les doigts et les lèvres légèrement poudrés de pollen, comme après avoir croqué une fleur de printemps encore prise dans la glace. C’est un gout de sève neuve et de terre qui tapisse le palais, une douceur florale qui réveille les sens engourdis.
L’oreille garde la rémanence de ce voyage, les yeux encore éblouis par cette ligne d’horizon qui a la couleur des yeux d’un être aimé. On ne sait plus tout à fait si le bleu est gris ou si le vert est bleu, mais on sait que le paysage, enfin, est apaisé. Sur l’onde silencieuse des champs, le jour se lève encore…
« And I feel the breeze The light on the floor And it feels like the beginning Of something new Something I’ve never known »
— Extrait de la chanson « The Beginning », album Printemps, AURE, 2026. Tous droits réservés.
le 26/03/2026





