Sortie Album
~ « Où va nous – Les Wampas~

Auteur-Compositeur : Didier Wampas / Nicolas Schauer (batterie) / Jean-Michel Lejoux (basse).Réalisation Arrangements : Les Wampas Label : AT(h)OME Booking : Lucas Poligne
Les Wampas : l’astronomie sur le Zinc pour cœurs atomiques
Avec Où va nous ? Les Wampas ne se contentent pas de signer leur quinzième disque punk-rock supplémentaire. Ils livrent un traité d’existentialisme électrique, entre fulgurances poétiques et refus héroïque de la médiocrité. Voyage au bout de la nuit d’un groupe qui, en 2026, reste un rempart contre la grisaille.
Il y a quelque chose de proprement miraculeux à voir les Wampas traverser les décennies comme on traverse un pogo : les coudes en avant, le sourire aux lèvres et la chemise trempée. Depuis Tutti Frutti en 1986, le paysage musical français a été rasé, bétonné, puis numérisé. Les modes ont défilé comme des ministres sous la Cinquième République, mais Didier, lui, est resté. Toujours ce même équilibre précaire sur une chaise de jardin portée par une foule en délire, toujours cette voix qui déraille avec la précision d’un Stradivarius mal accordé.
Où va nous ? Le titre même sonne comme un pied de nez à la grammaire, une ultime pirouette yéyé-punk pour dire que le chaos est préférable à l’ordre établi. En 2026, alors que l’intelligence artificielle compose des tubes cliniques, les Wampas nous rappellent que le rock est une affaire d’erreurs, d’accidents et de tripes.
La Métaphysique du Filet : L’Analyse de « La Peur »
Le choc de cet album réside dans sa capacité à ralentir le tempo pour mieux nous asséner des vérités nues. Prenez « La Peur ». On y découvre un Didier Chappedelaine en philosophe des décharges publiques, un poète de la RATP qui regarde le ciel depuis le fond d’une impasse.
« À force de jeter le filet du mauvais côté, on finit par oublier qu’il y a tant à ramasser. »
Ces vers ne sont pas seulement du rock ; c’est une leçon de vie. C’est l’image d’un groupe qui n’a jamais cherché le succès là où il brillait trop fort, préférant les marges, les recoins sombres où l’on trouve encore des pépites d’humanité. Puis, cette envolée :
« On sait bien qu’une étoile n’est plus jamais perdue une fois qu’elle a été vue par moi ou un inconnu. »
On touche ici à la quintessence de l’œuvre wampassienne : la reconnaissance mutuelle des marginaux.
Une fois que la lumière a été partagée, l’obscurité n’a plus prise. Le reste ? « C’est la faute à la peur ». Cette peur qui nous paralyse, cette peur de vieillir, de ne plus être dans le coup, de ne plus savoir pourquoi on enlève ses chaussures le soir.
Les Wampas la nomment, la pointent du doigt, et finissent par l’exorciser dans un déluge de distorsion.
La diagonale du vide contre le cynisme
Mais que l’on ne s’y trompe pas : si le groupe sait se faire tendre, il n’a pas perdu son crochet du droit. L’album est parsemé d’une géographie de la résistance. On connaissait « Rimini », voici désormais « Pendu à Forbach ».
Il y a dans ces paroles une rage froide qui s’adresse directement aux censeurs, aux pisse-froid qui voudraient voir le punk prendre sa retraite. « Non je n’ai pas fait tout ça pour arrêter d’avancer, pour qu’un con vienne m’insulter, pour rester me lamenter sur l’épaule d’un demeuré. » Le ton est donné. C’est le refus catégorique de la complaisance. Les Wampas ne sont pas là pour faire de la figuration dans les festivals des nostalgies des années 80. Ils sont dans le présent, le poing serré.
Le refrain sonne comme un mantra géographique : « Je n’ai pas fait tout ça pour finir pendu à Cognac… à Figeac… à Forbach. »
Didier égrène ces noms de villes comme autant de champs de bataille où il a fallu prouver que le rock n’était pas mort.
C’est une ode à la province, à la France des départementales, celle qui n’intéresse personne mais qui, tous les samedis soirs, attend que le Roi monte sur les enceintes pour se sentir enfin vivante
L’éthique du roi nu
L’album est une déflagration de fraîcheur. Enregistré « dans le jus », sans les artifices de la production moderne, il rend hommage à l’héritage des Coronados (auxquels ils dédient un titre) et au rock alternatif des origines. Les guitares de Tony Truant et d’Effello s’entrelacent dans un ballet abrasif, tandis que la section rythmique maintient le navire à flot dans la tempête.
Ce qui frappe dans Où va nous ?, c’est l’absence totale de calcul. « Je n’te ferai pas ce plaisir, c’que j’ai du mal à saisir, tu croyais p’t-être réussir ».
Cette phrase, lancée comme un défi à ceux qui jugent la réussite à l’aune du compte en banque ou du nombre de followers, résume l’éthique du groupe. La réussite des Wampas, c’est d’être encore là, debout, d’avoir survécu aux modes et d’avoir gardé cette capacité de s’émerveiller devant une étoile ou de rager contre un imbécile.
Alors que le monde semble parfois s’écrouler sous le poids de son propre sérieux, les Wampas nous offrent une bouffée d’oxygène pur.
Didier Wampas est toujours le roi, et ce disque est son plus beau sceptre : une guitare à bout de souffle, un filet jeté du bon côté, et une étoile qui ne s’éteindra jamais.
A grand coup d’étoile, à grand coup de guitare Où va nous ? Nous va vers la scène. Nous va vers la lumière. Nous va vers la vie, tout simplement.
le 10/02/2026





