Épisode podcast
~ Dialogue avec Victor lee Gabriel ~
« Ce n’est rien »
[… « Quoi que l’on sache, que l’on croit, ou comprenne / Quoi qu’on en pense, ce n’est rien »…]
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Victor Lee Gabriel
Aujourd’hui, notre chemin nous mène au cœur d’une clairière isolée, là où l’âme de la forêt a rencontré le souffle créateur d’un artiste […]

Victor Lee Gabriel – » Le monstre et la maison »
Entretien avec Victor Lee Gabriel
Le Son et la Plume : Bonjour, Victor Lee. Gabriel, bienvenue sur le son et la plume.
Victor Lee Gabriel : Merci beaucoup, bonjour, ravi d’être là.
LSP : J’ai écouté l’album à plusieurs reprises- le monstre et la maison qui nous propose un son très british, et je me suis demandé où a-t-il été enregistré ?
Victor Lee Gabriel : En fait, cet album a une histoire particulière, il a été enregistré chez moi. Peut-être pour comprendre, il faut que j’explique un peu l’histoire de l’album. Il y a quelques années, je suis monté vivre à paris, pour la musique. Et avec ma femme et mes enfants, on a eu envie de changer de vie. On a eu besoin d’autre chose. On avait envie de vivre plus en adéquation avec nos idéaux, avec la direction qui nous semble être bonne à prendre pour le monde d’aujourd’hui, etc. Et on a décidé de s’installer en pleine forêt. On est au milieu de nulle part. Il y a la forêt, la rivière et les animaux.
Je me suis fabriqué un grand studio dans ma maison. Donc, j’ai un, j’ai un beau studio. À paris, j’avais un petit studio de cinq mètres carrés. Là maintenant, il fait quatre-vingts mètres carrés, il est fait tout en bois, avec le bois des arbres de la forêt qui nous entoure, et donc l’album a été enregistré là, dans cette maison qu’on a retapée nous-mêmes en famille.
Puis ma femme est tombée malade, une maladie dont on ne guérit pas. Le disque parle de cette période-là en fait. Une fois dépassé le choc, la torpeur et la douleur de l’annonce de cette maladie incurable, je me suis mis à m’ancrer un peu dans le présent et dans la vie. J’ai pu voir de la lumière à des endroits où je n’avais même pas imaginé pouvoir en trouver. Le disque est né de là.
Y a des choses terribles qui se passent dans la vie. Et en même temps, ces choses nous donnent le goût d’avancer et nous guident. Elle rendent la vie précieuse.
LSP : En fait, l’album est né au milieu d’une tempête. Qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui du monstre ?
Victor Lee Gabriel : pour moi, le monstre, c’est les choses qui arrivent. Ça peut être la maladie, les choses qui sont là, qui font du mal, qui partent et qui reviennent. Le cancer, c’est ça, c’est des choses qui reviennent, mais le monstre, ça peut être aussi des angoisses, des obsessions, ça peut être beaucoup de choses. On vit dans un monde où nous sommes psychologiquement souvent atteints par les hommes, par notre environnement, et où il y a des monstres qui reviennent nous hanter. Et la maison, c’est ce qui nous protège.
On a trouvé un équilibre. Qu’est-ce qui en reste du monstre ? Le monstre a gagné. Malheureusement, ma femme est décédée, il y a cinq mois maintenant. Mais ce n’est pas une, une victoire écrasante, parce que, certes, mes enfants ont perdu leur mère, moi, j’ai perdu ma femme, mais pendant cette période, aussi contradictoire que cela puisse paraître, j’ai appris à être heureux. En fait, maintenant, je profite de chaque instant, je profite de mes enfants, je profite du présent. En fait, je vivais toujours dans le passé et dans le futur, et jamais dans l’instant. Cette maladie, elle, m’a rappelé un peu à la vie. Ce qui fait que le monstre a gagné d’une certaine manière, parce que ma femme s’en est allée, mais je n’ai pas l’impression d’avoir tout perdu.
LSP : Voir les saisons qui passent, qui réchauffent et puis « on n’a pas besoin de sauveur », c’est une leçon tirée d’une période difficile ?
Victor Lee Gabriel : Complètement ! Je reste à l’écoute des choses qui m’entourent. Ce dont je me suis rendu compte pendant cette période, c’est que, même s’il y a des choses terribles qui se passent,on a le choix d’être heureux. Tout dépend des choix qu’on fait. C’est à nous, de prendre nos vies en main.
L’autre jour, je regardais les infos là et je voyais ce qui se passait dans le monde. Au milieu des ruines, il y avait des enfants qui jouaient au foot et il était mort de rire. Comment ces enfants peuvent-ils rire alors qu’ils ont probablement vu disséminer la moitié de leur famille ? En fait, la vie, la résilience, c’est ça. On fait le choix d’avancer parce que la vie est plus forte.
LSP : Entre l’envie, l’idée, le besoin de réaliser cet album et donc la réalisation concrète, combien de temps s’est écoulé ?
Victor Lee Gabriel : ça a duré deux ans à peu près, entre la composition des premières chansons et puis la sortie de l’album. Au départ, je travaille seul dans mon studio, joue tous les instruments. Je fais plusieurs versions de chaque morceau – j’écris beaucoup de morceaux et j’en garde qu’une poignée – . Puis, il y a une deuxième étape. Je fais venir des amis, pour qu’ils rejouent les idées avec leurs pattes et créativités.
LSP : Des sonorités texturées, déstructurées et des fois, et elles proviennent d’où ?
Victor Lee Gabriel : c’est mon premier album en tant que Victor Lee Gabriel, mais je fais des disques depuis des années et j’ai réalisé des disques pour d’autres artistes et sous d’autres noms, car j’ai eu d’autres groupes. J’ai dû en faire une quinzaine dans ma vie. C’est le premier album que je sors sous mon nom, mais il est le résultat d’années de recherches personnelles. J’ai une multitude d’influences et elle commence à être digérée. J’ai quarante ans maintenant, ça fait. Ça fait presque trente ans même que je fais de la musique. Donc, voilà, c’est le résultat d’une gestation longue.
LSP : Quelles ont été tes principales influences ?
Victor Lee Gabriel : Je suis très influencé par la pop anglaise et américaine des années soixante et soixante-dix. Je suis également influencé par les années quatre-vingt-dix. J’ai grandi dans les années quatre-vingt-dix-huit, il y a eu une période de revival, justement, de la pop des années soixante à la sauce quatre-vingt-dix. Donc, ça a été une influence. Puis, plus tard, j’ai découvert la musique électronique et j’ai découvert la chanson plus tard.
LSP : Tu as des moments de prédilection pour l’écriture ?
Victor Lee Gabriel : La musique, j’arrive à me faire un peu violence et à écrire à peu près quand je veux. Mais le texte c’est différent. J’ écris d’abord les mélodies et après le texte, et il m’arrive souvent d’avoir des chansons dans des tiroirs où je n’ai que des mélodies, mais pas de texte. Ce n’est pas quelque chose que j’arrive à contrôler. Il ne suffit pas de me dire que je vais écrire, pour écrire.
Je défends vraiment l’idée que la créativité, elle vient quand tu as des choses à dire. Donc, il faut vivre. Il y a des moments où tu n’es pas créative, où tu vis des choses, et d’autres moments où tu les digères et ça sort.
LSP : Comment se traduit l’album sur scène ?
J’ai eu envie de monter un groupe, de jouer avec mes amis et de monter un groupe un peu plus fun, une famille. Donc, sur scène, on est trois. J’aimerais qu’on soit plus, mais la réalité économique ne me le permet pas. À trois on essait de retranscrire au maximum le disque. Et puis, chaque soir est différent. Chaque soir, j’ai besoin de partager mes chansons avec les gens. Besoin de partager la musique, besoin de raconter mon histoire, la maladie et la perte de ma femme. De partager non pas la douleur, mais la lumière qui s’en est dégagée. Pas la tristesse, mais la lumière.
Podcast chanson – les balades musicales
Les informations complémentaires sur le site officiel de Victor Lee Gabriel





