Portrait
~ Words Of Sara – Quand la poésie respire ~

Quand la poésie respire
Avec Words Of Sara, Marina Anne Nolles met en musique les poèmes de Sara Teasdale comme on ouvrirait un album de famille oublié. Entre folk épurée, mémoire générationnelle et présence spectrale, Echoes from the Living s’écoute comme on marche au printemps : lentement, attentivement, en laissant les fantômes nous précéder.
Ce que vous allez lire n’est pas tout à fait un article. Pas encore une fiction. Pas vraiment un portrait. Ce texte est un passage, celui de Marina Anne Nolles, musicienne pour qui la création n’est jamais une démonstration, mais une écoute prolongée. Ce texte prolonge un premier mouvement, Le vert comme point de départ. Il en est l’écho, la dérive, la respiration suivante. Vous y croiserez des poèmes anciens, une histoire familiale transmise comme une sensation, des chansons nées du silence, et une présence — celle de Sara Teasdale — qui ne sera jamais expliquée, seulement ressentie.
Vous êtes donc invité à accepter une forme de dérive. À lire comme on écoute. À ne pas chercher des réponses, mais des traces. Lisez comme on écoute.
Le vert comme point de départ
« Je vois du vert
Toujours.
Avril.
Un jardin.
La campagne immobile pendant le confinement. »
C’est là que Marina Nolles met pour la première fois un poème en musique. Sans plan. Sans recherche préalable. Les mots de Sara Teasdale s’imposent, parce qu’ils parlent exactement de ce qui brûle à l’intérieur : la séparation, l’attente, la nature comme refuge, l’amour qui survit à l’absence.
« Ce n’est pas qu’un hommage.
C’est une coïncidence troublante.«
Une histoire qui ne se choisit pas
Words Of Sara naît d’une histoire familiale, romanesque et douloureuse. Celle de l’arrière-grand-mère de Marina Anne Nolles et d’un amour empêché. Une histoire portée non comme un récit, mais comme une sensation. Une mémoire générationnelle qui échappe à la logique.
« Il ne s’agit pas de choix artistiques. Il s’agit de quelque chose qui s’impose. La musique devient alors le seul langage possible. Le seul endroit où cette histoire peut respirer sans se figer. »
La présence de Sara Teasdale
Mettre en musique une poétesse du début du XXe siècle pourrait sembler anachronique. Pourtant, rien n’est plus actuel. Les poèmes de Sara Teasdale parlent d’oiseaux, de parcs, de lacs, de lune, d’amour et de solitude. Autant de motifs éternels.
Marina Anne Nolles n’a pas cherché à contextualiser Teasdale immédiatement. Pendant longtemps, elle ignore presque tout de sa vie. Les poèmes suffisent. Ils semblent écrire, à rebours, l’histoire familiale.
« Je n’ai pas fait de recherches sur la vie de Sara Teasdale pendant au moins un an. J’étais prise ailleurs, dans cette histoire d’amour. Ses mots semblaient décrire leur détresse. »
Plus tard seulement apparaissent l’Art nouveau, les cercles artistiques, la réaction à l’industrialisation. La nature comme résistance. Comme urgence.
Le miroir devient évident.
Echoes from the Living
Les morceaux sont choisis pour leur lumière. Leur clarté fragile. Love Me, ouvre le disque sans se soucier des règles modernes du single. Ici, on suit la saison, pas l’algorithme. Les arrangements sont dépouillés : guitare, voix, percussions discrètes. Ce minimalisme vient autant d’influences — Agnès Obel, Laura Marling — que d’une contrainte initiale : ne pas savoir vraiment jouer de la guitare, mais savoir entendre une mélodie. L’analogique impose la lenteur. Le silence devient un espace. Un instrument.
Deux voix, un souffle
Sur scène et sur disque, les voix se superposent avec une précision presque obsessionnelle. Élodie Longuemart accompagne Marina Anne Nolles depuis des années. Leur complicité est organique. Le chant n’est pas décoratif. Il est central. Travaillé. Habité. Quand les deux voix se fondent, il ne reste plus qu’un souffle. Quelque chose de presque ancien. De presque sacré.
Marcher pour écouter
Words Of Sara ne promet rien à l’ère du streaming rapide. Il propose des rencontres. Des concerts. Des regards. Une transmission humaine.
I heard a cry in the night,
A thousand miles it came,
Sharp as a flash of light,
My name, my name !
It was your voice I heard,
You waked and loved me so
I send you back this word,
I know, I know !
le 06/01/2026
Words Of Sara : https://linktr.ee/wordsofsara





